Les Bretons vont à l'Opéra

Les Bretons vont à l'Opéra

Lohengrin Paris Bastille 30 Janvier.

Dans "une communication à mes amis"texte de Wagner il écrit:"De tout son être, en son âme et conscience
Lohengrin ne voulait devenir et demeurer rien d'autre qu'un être humain à part entière pas une divinité"
"C'est l'oeuvre la plus désespérée de toutes mes créations."
Lohengrin nous montre un pays autocratique semblable à celui de Wagner où la loi est énoncée à coup de fanfares militaires par le héraut et...le naufrage d'un couple: Lohengrin venu d'une contrée lointaine et inaccessible et Elsa enfermée dans ses traumatismes d'enfant et ses fantasmes.
Lohengrin, le héros solitaire et incompris c'est bien sûr Wagner idéalisé.Tourmenté par ses échecs successifs du Vaisseau fantôme puis Tannhaüsser, une vie sentimentale agitée ( rupture avec sa femme, suite d'idylles manquées) exilé politique en Suisse après la révolution de mars 1848, Wagner désire qu'on le comprenne profondément, qu'on l'aime tel qu'il est et non pas pour ce qu'il représente.Les personnages de l'opéra se font l'écho des conflits qu'il vit personnellement.
C.Guth nous place Lohengrin au moment de sa création en pleine révolution politique,sociale et industrielle . Il nous montre un Lohengrin qui arrive pour sauver un monde en plein désarroi ; l' artiste inadapté au monde qui l'entoure ,un être hésitant ,craintif endossant ,malgré lui, l'habit du héros que la société veut lui faire porter ( il rejette à l'acte 2 gants, chapeau et chaussures ).
C.Guth nous montre parallèlement une Elsa " borderline ", l'alter ego de Lohengrin, cet "extra terrestre"dans lequel elle voit la réincarnation du frère adoré et regretté.L'image finale est donc logique, Lohengrin donne sa vie pour que revienne le disparu.
Le metteur en scène allemand nous laisse voir donc des personnages de chair et de sang qui souffrent de problèmes psychologiques ( les transes d'Elsa )
Pour mener à bien le spectacle il fallait une distribution à la hauteur du propos et c'est une réussite totale. Choeurs et orchestre magnifiques,P.Jordan souligne détails et solistes instrumentaux ( velouté des cordes, douceur de la clarinette , étirement des gruppetti ).
Le roi ( R.Pape ) tout en autorité, forçant un peu ses moyens dans les aigus pour passer la rampe
Telramund ( T.Konieczny ) vindicatif, arrogant, brutal malgré une émission vocale hétérogène est impressionnant.
Ortrud ( E Hélitzius ),image de Cosima ? vénéneuse, machiavélique voix rauque et présence magnétique , aigus tranchants ( elle m'a rappelé G.Jones )
Elsa (M.Serafin ) une fois la voix chauffée ( début difficile aux attaques brutales et aigus ouverts ) la voix est solide mais éloignée des Elsa elégiaques de K. Mattila, C. Studer ou H. Harteros
Et Lohengrin (J.Kaufmann)?Même s' il a peut être perdu un peu d' éclat (prudence ) que faut il admirer le plus ? Sa bouleversante intelligence du chant au service du personnage à défendre : ici une fragilité nécessaire pour rendre plus vraie et plus touchante l'image désirée de C.Guth en osmose totale avec la direction toute en douceur de P.Jordan ; la richesse des couleurs , la subtilité des phrasés , sa manière d'alléger sa voix par des pianistes impalpables, inoubliables sans que le timbre ne perde de sa substance. Il ose tout jusqu'au murmure dans "in fernen land " qui tire les larmes et impose une écoute.
On peut préférer un Lohengrin plus clair à l'émission vocale plus haut placée tel K.F. Vogt mais l'incarnation intériorisée , douloureuse est anthologie parce qu'elle ne ressemble à aucune autre .
Une soirée triomphale ancrée dans ma mémoire...

9 appréciations
Hors-ligne
il faut lire piani impalpables bien sûr !!!

Répondre
Pseudo :
Adresse e-mail:


Se souvenir de mes infos ( pseudo et e-mail ) :
Cochez la case ci-contre :

Ces blogs de Musique pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 51 autres membres