Les Bretons vont à l'Opéra

Les Bretons vont à l'Opéra

Eugene Oneguine Paris Bastille 11juin

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Quel bonheur de revoir ce spectacle intelligent et intense, théâtralement admirable qui nous plonge au coeur des personnages avec une vérité foudroyante ; spectacle d'un abord dépouillé mais foisonnant de détails d'une rare justesse où chaque geste, chaque mouvement, chaque pas sont motivés par une intention psychologique.
J'ai retrouvé avec beaucoup d'émotion l'art de Willy Decker ( j'ai eu la chance de chanter dans cette production en Allemagne ) pour qui le principal interêt est la vérité intérieure des acteurs du drame, de l'impossibilité d'aimer et la fatalité qui oblige les interprètes à s'investir pleinement à la fois physiquement et vocalement. Chaque personnage est un concentré de sentiments comme la musique de Tchaikovsky qui s'attache aux sentiments des différents caractères et non à leurs actes ni à leurs paroles encore moins à leur environnement. Il ne faut pas oublier que Tchaikovsky a exigé que les rôles soient tenus par de jeunes artistes tout juste sortis du conservatoire ayant l'âge de leur rôle jouant avec justesse et simplicité.
Nicole Car est une Tatiana idéale respectant les volontés du compositeur. Elle est bien ce soprano à la fraicheur juvénile et au jeu passionné dont la voix claire du début, correspondant à la jeune fille, s'épaissit dans les derniers tableaux avec des aigus brillants aisément projetés.
Pavel Cernok est le poète Lenski,allure de jeune premier au timbre particulièrement séduisant.Fragile au tout début, la voix a trouvé son assise et sa projection claire passionnelle déchirante dans son air.
Grémine est bien la basse noble exigée par la partition au timbre chaud.
Peter Mattei ( Oneguine ) mondain blasé,revenu de tout ou qui le croit, qui se pense supérieur, être solitaire, autain presque antipathique dont le revirement de ses sentiments pourTatiana résonne comme son dernier espoir de bonheur à jamais perdu. La voix est longue, le timbre somptueux malgré un placement vocal un peu nasal mais on salue la noblesse du phrasé malgré une perte de projection et de puissance dans la terrible scène finale.
Les solistes de l'orchestre sont magnifiques : douceur du hautbois , flûte toute de tendresse, la passion de Tatiana soulignée par les violoncelles et les contrebasses. L'orchestre est dirigé avec fougue par Edward Gardner avec un volume sonore sans faiblesse maintenant une tension soutenue tout le long du spectacle.
Une magnifique reprise; une des productions d'Oneguine les plus cohérentes que l'on puisse voir.












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Merci Pelleas pour ce beau compte rendu d'un grand professionnel !
je l'ai vu également en mai à Paris avec une distribution un peu différente, mais bien sûr avec cette mise en scène et j'ai beaucoup aimé.

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J'espère que les interprètes ont pu néanmoins s'investir pleinement au moins vocalement!  D'après ce que tu dis par la suite, ils l'ont fait! Désolée néanmoins d'apprendre que Peter Mattei souffre d'une perte de projection et de puissance...
Voilà au moins un metteur en scène qui s'applique à rendre la délicatesse et la sensibilité de Tchaïkovsky même si, apparemment, il ne s'est pas occupé de la direction d'acteurs, ni des décors.
Merci pour cette critique et pour le récit de ton bonheur.

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